Routes de la Soie

L’OBOR, ou « One Belt, One Road » (aussi appelée « Belt and Road Initiative », BRI) est une initiative lancée par le gouvernement chinois en 2013 pour renforcer les échanges entre la Chine et l’Europe, et assurer le développement de l’Asie centrale et méridionale. Le projet chinois consiste principalement à développer des infrastructures notamment dans le domaine du transport et des énergies sur le continent eurasiatique et ainsi faire renaitre l’ancienne route de la Soie. La création de cette nouvelle route nécessite des investissements très lourds, mais aussi une simplification des procédures de commerce entre les différents pays traversés par la nouvelle route de la Soie.

1.     Le projet de l’OBOR

L’OBOR a pour objet de faire renaitre l’ancienne route de la Soie et de favoriser les échanges entre la Chine et l’Europe.

a) L’ancienne route de la Soie

Tout au long de son histoire, la route de la Soie a permis de développer le commerce entre l’Europe et l’Asie. Grâce à ce réseau, de nombreuses innovations se sont diffusées depuis la Chine : la soie bien sûr, mais aussi le papier-monnaie ou encore la poudre à canon.  Cette route a aussi permis d’échanger de nouvelles idées, de nouvelles conceptions du monde. Les grandes religions que sont le bouddhisme, l’islam, le christianisme, le judaïsme ou encore le manichéisme ont suivi la route de la Soie. Cette voie a favorisé les échanges et a permis aux différents peuples d’élargir leur vision du monde.

b) La nouvelle route de la Soie

La BRI est constituée de deux réseaux : le premier désigné sous le nom de « One Belt » (une ceinture) est constitué de trois routes reliant la Chine à l’Europe, par:
-la Mongolie et la Russie,
-l’Asie Centrale,
-le Moyen-Orient et la Turquie.

Il comprend principalement la construction de nouvelles lignes de chemins de fer reliant la Chine à l’Europe pour permettre le transport de marchandises entre les deux régions, mais aussi des gazoducs et des réseaux de fibre optique.

Le second réseau (one road) ou la route maritime de la Soie du 21e siècle relie les principaux ports chinois et européens en passant par l’Asie du Sud-Est, le sous-continent indien, la péninsule arabique et l’Afrique orientale. Il permettra de renforcer l’intégration économique des états qui bordent l’Océan indien et la mer de Chine.

c) Un projet soutenu par la Chine

L’OBOR illustre la volonté de la Chine de s’affirmer sur la scène internationale et de demeurer la première puissance commerciale mondiale.

Depuis quelques années, Beijing tente d’accroitre son influence sur ses voisins, et notamment en Asie centrale (par exemple à travers l’Organisation de Coopération de Shanghai créée en 2001) pour assurer leur stabilité mais aussi pour créer de nouvelles opportunités de développement.

Parallèlement au projet de la BRI, la Chine a lancé une nouvelle institution financière internationale la Banque Asiatique d’Investissement pour les Infrastructures. Créée en 2016, la BAII aura pour mission de financer la modernisation des infrastructures dans la région Asie-Pacifique. Certaines portions de la BRI pourront ainsi être soutenues par la BAII, mais aussi par le  « Silk Road Fund » un fond souverain chinois.

Bien que l’OBOR soit une initiative chinoise, ce projet est ouvert à l’ensemble de la communauté internationale, et notamment à l’Union Européenne  qui est l’une des principales parties concernées par ce programme.

2.     L’UE et la BRI

L’Union Européenne devrait plus s’intéresser au projet de l’OBOR afin d’en saisir toutes les opportunités.

a) Une meilleure intégration européenne

L’OBOR peut être une chance pour relancer le projet d’intégration européenne. Après la crise grecque, le référendum du Brexit, et la montée des parties eurosceptiques, il est nécessaire pour l’Union Européenne de reprendre son destin en main, et de peser sur la scène internationale. Pour que l’initiative de l’OBOR soit un succès, la Chine  a besoin d’une Europe plus unie qui puisse prendre une part active à ce projet et se montrer attractive. La participation à la BRI est une occasion pour les membres de l’Union Européenne de mieux coordonner leur politique étrangère, notamment vis-à-vis de la Chine, l’un des principaux partenaires commerciaux de l’Europe.

b) Renforcer le partenariat avec la Chine

En s’impliquant activement dans l’OBOR, l’Union Européenne montrerait à la Chine qu’elle est une puissance majeure sur laquelle il faut compter.

L’Union Européenne serait alors pour Beijing plus qu’une simple destination pour les produits et investissements chinois, elle deviendrait un partenaire politique et commercial, capable de développer une stratégie à long terme.

En travaillant étroitement avec la Chine sur le projet de l’OBOR, l’Union Européenne défendrait plus efficacement ses intérêts  en Chine, mais aussi dans le reste de l’Asie.

c) Renforcer la stabilité aux frontières de l’Europe

Le projet de l’OBOR favoriserait le développement de l’Asie Centrale et du Moyen-Orient, deux régions qui souffrent d’une certaine instabilité. La BRI permettra de désenclaver l’Asie Centrale et donc de créer de nouvelles perspectives pour l’’ensemble des états de la région.

Il serait naïf de penser que l’OBOR règlerait l’ensemble des problèmes que connaît l’Asie centrale et le Moyen-Orient et mettrait fin aux problèmes économiques et politiques de la région. Néanmoins, de nouvelles opportunités de développement dans ces deux régions pourraient diminuer certains flux migratoires vers l’Europe et ainsi participeraient d’une certaine façon à la sécurisation de l’Europe.

d) L’expérience européenne

De son côté, l’Union Européenne peut apporter beaucoup au projet de l’OBOR.  Les infrastructures prévues dans le programme OBOR ne pourront être efficaces seulement si elles sont accompagnées par de bonnes pratiques de gouvernance.  L’Union Européenne possède l’expérience nécessaire pour accompagner la transition économique des états d’Asie centrale impliqués dans la BRI et développer des projets qui satisferaient à la fois les entreprises, les gouvernements et les populations locales.

e) Pour un développement vert

Enfin, le projet de l’OBOR est aussi l’occasion de promouvoir un développement économique plus vert en Asie centrale, une région qui  a connu dans le passé plusieurs crises environnementales. Il est dans l’intérêt à la fois de l’Europe et de la Chine que les autres régions d’Asie adoptent des politiques de développement plus respectueuses de l’environnement.

Ne pas s’impliquer dans le projet chinois de la BRI serait un aveu de faiblesse de la part de l’Union Européenne. Afin de continuer à peser sur la scène internationale, les membres de l’Union Européenne doivent coordonner leur politique sur  l’objectif de l’OBOR, et s’associer à la Chine pour que la renaissance des routes de la Soie devienne un succès sino-européen.